La mort se tutoie !

Lieu : Le Caire

Date : Vendredi 13 Août 1943 - 05H00

 

"Présentez armes ! ... En joue ... A mon commandement ... "

 

Adossé à sa potence, Ismaël s'y agrippa si fort, qu'il saigna des ongles.

Son regard traversa, comme un éclair, la place publique pour aller s'engouffrer dans le canon de ce fusil qui lui faisait face ...

 

"Combien de plombs vont-ils venir transpercer mon corps, lorsque on dira enfin ... Feu ?", s'entêtait-il à penser ?

 

Une petit brise vint alors caresser son visage crispé par la peur ... il leva les yeux et aperçut cette étrange créature, flottant dans les airs ...

 

-"Qui êtes-vous ?", s'exclama-t-il ...

 

- "Je suis la mort ...", répondit sereinement la créature ...

 

- "C'est étrange ...", murmura Ismaël ...

 

- "Qu'est-ce qui est étrange Ismaël ?", s'interrogea la mort avec un soupçon d'ironie

 

- "Je ne vous voyais pas du tout comme ça !", confessa-t-il.

 

- "Comment ça 'comme ça' ?", rétorqua la mort.

 

- "Vêtue de blanc, sentant si bon ... presque belle !"

 

- "Maintenant qu'on se connait mieux tous les deux, on peut se tutoyer non ? Sinon, rassure-toi ... chacun me voit comme bon lui semble ... d'autres me verraient, vêtue d'une longue cape noire, les yeux rouges sang ou tenant une faucille ... mais je vois que j'ai affaire à un croyant !", répondit-elle en souriant ...

 

- "Oui ... je prétends croire en une vie après la mort ... est-ce qu'il y en a bien une ?"

 

- "Je ne suis pas autorisé à vous parler de ça.", répondit-elle, l'air embarrassée.

 

- "Et Ayoub, comment est-ce qu'il te voit lui ?", s'interrogea Ismaël, en se tournant vers son voisin de peloton.

 

- "Pour lui ... il est déjà top tard ... il n'a même pas eu le temps de m'apercevoir : crise cardiaque !", répondit-elle, l'air presque désolée ...

 

- "Alors comme ça ... les morts subites ne sont pas de ton ressort ?"

 

- "Enfin ... théoriquement si ... mais techniquement non ; dans ce genre de cas je n'ai pas à intervenir, les âmes arrivent à s'extirper toutes seules et je n'ai pas à les arracher de mes propres mains !", répondit sommairement la mort.

 

- "C'est ce que tu t'apprêtes à faire, avec moi ...", répondit Ismaël, tétanisé ...

 

- "Peut-être bien un jour, en tout cas pas aujourd'hui : je ne suis pas venu pour toi !"

 

- " ..."

 

 

"FEU !", résonna enfin la voix du brigadier en chef !

 

Quelques coups de feu déchirèrent la cape de cette aube naissante.

Ismaël ... ne sentait plus ses ongles, plantés jusqu'à la chair dans la potence ... dents et paupières serrés ... il cherchait un quelconque signe de douleur, témoin d'une blessure par balle, en vain : la mort lui aurait-elle menti ... serait-il déjà mort ?

 

Peu à peu, il se décida à dé-serrer les dents, puis ses paupières que la lumière tiède du soleil commençait à lécher ...

 

Quand il ouvrit enfin les yeux ... il ne put s'empêcher d'afficher un sourire incrédule et satisfait : devant lui, tout le peloton d'exécution gisait par terre, baignant dans une mare de sang ...

 

Un spectre vêtu de blanc flottait au-dessus des cadavres ... lui fit un clin d’œil avant de disparaître dans la lumière du jour naissant ...

 

 

romeo_verseau (26/12/2005)



11/04/2012
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