Revenez demain "Fiction"

M.Toumi déboula dans l'immense salle, en haletant ! Il venait de rater de cinq minutes, l'ouverture du bureau régional de la direction des machins trucs choses (*) et pourtant les queues infernales s'étaient d'ores et déjà installées. Il en choisit une au hasard et attendit sagement, tout en se disant : "Demain, je m'achète un nouveau réveil !" Curieusement, tous les nouveaux visiteurs qui affluaient vers la grande salle, semblaient ignorer l'existence de ce bon vieux M.Toumi, certains grugeaient nonchalamment la queue, d'autres lui marchaient sur les pieds, comme s'il n'était qu'un banal morceau du décor, si ce n'était pire ...

 

Quelques minutes d'attente plus tard, la femme de ménage qui passait un coup de serpillière dans la salle, s'arrêta net devant lui, leva les yeux et se mit à ausculter minutieusement son visage sexagénaire, en fronçant les sourcils ... Elle lui ôta ses lunettes et les leva vers le grand lampadaire, au milieu de la salle, avant de hocher la tête en signe de contestation. Elle piocha, alors, une pincée de poudre à récurer dans sa ceinture, mutlipoches, multifonctions et la lui balança en pleine figure, avant de mouiller un bon coup sa serpillière à microfibres et de lui en badigeonner le visage. Un bon petit coup de brille-glace sur les lunettes et quelques coups de torchons plus tard M.Toumi était propre comme un sou neuf ! La femme de ménage, qui devait être sûrement une incorrigible idéaliste, restait pourtant toujours plantée là, juste devant lui, dans une curieuse posture à la "penseur de Rodin" ! Soudain elle sourit, repiocha dans sa ceinture magique un arrosoir d'intérieur et pulvérisa quelques gouttelettes d'eau sur ses cheveux qui tarissaient, avant de rajouter d'un air jovial : "Et bien comme ça, ça va pousser plus vite !"

 

M. Toumi était impassible comme une statue ... son regard se baladait dans la salle, et croisait régulièrement le concierge se livrant à son trafic mystérieux et quotidien avec les visiteurs : billets de banque et autres papiers circulaient allègrement de sa main à celle des visiteurs ... une bien louche affaire, se dit-il ! Son regard tomba enfin sur l'horloge du mur du fond : il était bientôt midi, l'heure de la pause déjeuner ... Et c'est à midi moins une, que la tragédie eut lieu ! Personne ne sait quelle mouche a piqué ce gentil caniche, que la vieille dame tenait en laisse, à l'autre bout de la salle, pour qu'il vienne renifler le pantalon toute neuf de M.Toumi, hésiter quelques instants avant de lever sa petite patte poilue et d'uriner ! 

 

- " Cinq ans ! Pas une, pas deux, pas trois ... cinq misérables années que je me tue à faire la queue dans cette maudite salle, pour obtenir mon certificat de retraité ! Cinq misérables années que je gaspille mes journées à attendre et attendre et ne rien faire d'autre qu'attendre, que quelqu'un s'occupe de mon dossier ! Cinq misérables années que je supporte, les folies de cette femme de ménage sadique et grosse comme un sac de patates, ces connards qui me marchent sur les pieds et cette exécrable odeur de renfermé, la bouche fermée, pour que cette saleté de boule de poils, me prennent aussi pour un lampadaire et qu'elle vienne me pisser dessus !"

 

Explosa M.Toumi, avant de donner un bon coup de pied dans le caniche qui voltigea dans les airs, en gémissant d'un cri aigu, avant d'atterrir dans les bras de sa maîtresse ! Tout le beau monde qui semblait ignorer son existence quelques secondes plutôt, se retourna vers M.Toumi, l'air indigné ... Un préposé enjamba le comptoir et vint vers lui :

 

- "Hé le papy, si tu veux que quelqu'un te serve, il faut que tu prennes un numéro, là-bas près du concierge !", lui dit-il d'un air amusé ... 

 

M.Toumi se retourna vers le concierge, ensuite vers le préposé, avant d'afficher un large sourire niais :

 

- "Ah ! Le numéro !"

 

Le préposé qui n'en croyait pas ses yeux, murmura :

 

- "Ouais ... c'est ça le papy ! Le numéro !"

 

Et M.Toumi bondit vers le bureau du concierge qui souriait jusqu'aux oreilles :

 

- "J'ai un numéro qui va bientôt être annoncé, ça vous fera 50 bidules ! A moins que vous ne préféreriez en piocher un à la machine et attendre toute une éternité !", murmura le concierge.

 

- "Je le prends !", s'écria M.Toumi en lui tendant le billet de 50.

 

 A peine la transaction finie, ce fut le tour de M.Toumi au guichet 13 ... on déroula alors, le tapis rouge et tout le monde acclamait son nom, et l'applaudissait chaleureusement, tandis que le vieil homme s'avançait fièrement vers le guichet, les larmes presque aux yeux ...

 

- "Que puis-je pour vous, cher monsieur ?", lui demanda poliment le préposé du guichet 13.

- "Et bien ..."

- "Désolé, monsieur, il est midi et on est vendredi. Je ne suis plus en service ... revenez demain !", le coupa le préposé, avant de fermer sèchement l'hygiaphone !

 

 

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(*) : Rattachée au Ministère des bidules & dérivés.

 

 

  

pastis51

16/02/2006



19/02/2012
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